Mon grand-père me racontait souvent ses histoires de jeunesse. Et je l’écoutais avec une oreille attentive, j’étais plus souvent qu’autrement suspendu à ses lèvres. Bon, vu que c’est un grand-père, il me racontait parfois 2 ou 3 fois la même histoire mais, je les aimais. J’ai toujours aimé entendre des anecdotes ou tranches de vie de cette époque. Dans les années 40-50. J’adorais entendre parler de comment ça marchait dans ce temps là, les moeurs, les habitudes et tout le tralala. Mais une de ses histoires qui m’a le plus marquée, c’est la suivante.
Mon grand-père partait souvent dans le nord pour aller jouer au bûcheron et couper des arbres, à la main bien sûr, car dans ce temps là les chainsaw n’avaient pas encore vus le jour. Dans ce temps là, ils partaient tous dans le bois y passer l’hiver à couper des arbres, et à l’arrivée du printemps, ils fesaient sauter la digue, qui retenait les troncs des arbres, et partaient, à dos de “pitounes”, et les ramenait à bon port au gré du courant. Les draveurs qu’on les appelait. Imaginez vous passer un hiver complet dans la forêt, à couper des arbres à la hache, les traîner jusque dans la rivière, à chaque jour, et au printemps, partir sur un radeau et essayer de conduire un gros biot de bois pendant des jours… Ça, c’était pas des peureux. En plus, pas vraiment de douches, pas vraiment de coiffeurs, tu te rases la barbe genre, jamais, et la bouffe…on repasse. Ça dormait dans des espèces de petits chalets pas vraiment isolés. Bref, la grosse vie sale quoi.
Mais un jour, juste avant de partir dans le nord, mon grand-père fit la rencontre d’une femme, une très jolie femme et il tomba tout de suite amoureux d’elle. Et heureusement, ce fut réciproque. Ils passèrent du temps ensemble, assez pour se rendre compte qu’ils s’aimaient. Mais mon grand-père était obligé de partir pour 6 mois, pour aller gagner durement sa vie. Parce qu’à l’époque, faire le plus d’argent possible en travaillant le moins possible n’était pas nécessairement un gage de réussite. Les hommes qui travaillait fort et qui étaient vaillants avaient la cote. Il parti donc pour 6 mois, laissant la femme de sa vie derrière lui, mais lui promettant quand même de revenir et de la marier dans 6 mois, à son retour. Cet hiver là fut particulièrement intense et il dût rester 8 ou 9 mois, la neige ne voulant pas fondre, ils ne pouvaient partir sur la rivière avec le bois. Donc, mon grand-père, tout maigre, car ils avaient du rester plus longtemps que prévu et marqué par cet hiver rude, avec une barbe et une coupe de cheveux de 9 mois et tout plein de blessures, revint enfin à bon port. Malgré la fatigue, les blessures et dieu qu’il était affamé, il ne prit aucun repos et partit rejoindre sa future femme. L’avait-elle oublier? S’était-elle mariée? Allait-elle le reconnaître? Tout se bousculait dans sa tête, pendant qu’il marchait vers elle.
Il cogna à la porte. Sa douce moitié répondit, et fut surprise de voir un espèce d’homme des cavernes à sa porte. Il vit sa surprise et lui lança, tout bonnement: “Si tu m’as pas oublié et que tu me reconnais, j’te marie.” Elle le reconnut, lui sauta dans les bras et ils se marièrent. Ils ont eu 2 enfants, ma mère et ma tante. Ils vécurent heureux.
C’est simple non? Il l’aimait, elle l’aimait. Ils se sont mariés. Point.
